{"id":285655,"date":"2022-05-14T17:09:00","date_gmt":"2022-05-14T15:09:00","guid":{"rendered":"https:\/\/plumvillage.org\/articles-fr\/no-escape-retreat\/"},"modified":"2022-05-21T15:39:22","modified_gmt":"2022-05-21T13:39:22","slug":"no-escape-retreat","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dev.plumvillage.org\/fr\/articles-fr\/no-escape-retreat","title":{"rendered":"\u201cPas d&rsquo;\u00e9chappatoire!\u201d"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-large-font-size\">S\u0153ur Ch\u00e2n Tr\u0103ng Tam Mu\u1ed9i raconte les d\u00e9fis, les joies et les apprentissages d&rsquo;une ann\u00e9e de confinement avec des parents tr\u00e8s \u00e2g\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me tenais dans le couloir, une main pos\u00e9e l\u00e9g\u00e8rement sur la rampe, et je respirais lentement.<\/p>\n\n\n\n<p>Soudain, j&rsquo;ai entendu le bruit sourd des pas de deux jeunes filles qui galopaient et riaient dans les escaliers. J&rsquo;ai vu papa debout dans le hall, appelant \u00e0 l&rsquo;\u00e9tage, et j&rsquo;ai entendu des bruits de cuisine, maman pr\u00e9parant le d\u00e9jeuner. Debout au c\u0153ur de la maison d\u00e9sormais vide, notre foyer familial depuis soixante ans, j&rsquo;ai fait mes adieux et laiss\u00e9 les \u00e2mes de la maison libre de jouer.<\/p>\n\n\n\n<p>Le voyage a \u00e9t\u00e9 long. Rembobinez 18 mois jusqu&rsquo;au printemps 2019. Je re\u00e7ois un \u00e9ni\u00e8me appel urgent pour rentrer \u00e0 la maison. Mon p\u00e8re, quatre-vingt-seize ans, aveugle, \u00e0 la sant\u00e9 d\u00e9faillante est peut-\u00eatre en train de mourir. Au fil des ann\u00e9es, je m&rsquo;\u00e9tais pr\u00e9par\u00e9e \u00e0 leur d\u00e9c\u00e8s et je connaissais l&rsquo;importance de \u201d Ne pas attendre. \u201d Avec une profonde gratitude pour le soutien des s\u0153urs du Hameau du Bas, je suis partie pour l&rsquo;Angleterre. Heureusement, mon p\u00e8re s&rsquo;est encore remis sur pied, mais cela n&rsquo;a pas dur\u00e9. Le Royaume-Uni et la France \u00e9tant en plein confinement Covid, je suis rest\u00e9e et j&rsquo;ai ainsi pu profiter de deux mois suppl\u00e9mentaires \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s. Papa est mort paisiblement dans son lit par un beau matin de mai, entour\u00e9 de toute sa famille, maman lui tenant la main. Quelques minutes apr\u00e8s le dernier souffle de mon p\u00e8re, ma m\u00e8re a dit, avec soulagement, \u201cEh bien, si c&rsquo;est comme \u00e7a qu&rsquo;on meurt, ce n&rsquo;est pas si mal.\u201d<\/p>\n\n\n\n<p>Un soignant m&rsquo;avait expliqu\u00e9 comment la famille pouvait prendre soin du corps de mani\u00e8re respectueuse et chaleureuse. Tout d&rsquo;abord, ma s\u0153ur a\u00een\u00e9e et moi avons demand\u00e9 \u00e0 aider l&rsquo;infirmi\u00e8re \u00e0 laver son corps avec soin et amour et \u00e0 l&rsquo;habiller dans son meilleur pyjama. Nous avons demand\u00e9 \u00e0 garder le corps de papa \u00e0 la maison un jour de plus. J&rsquo;ai entour\u00e9 son corps de fleurs de printemps toutes fra\u00eeches provenant du jardin que lui et Maman avaient cultiv\u00e9 et entretenu pendant plus de 60 ans : des p\u00e9tales de rose ont \u00e9t\u00e9 \u00e9parpill\u00e9s sur le lit, du muguet a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 sur sa t\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p>S&rsquo;asseoir avec son corps a \u00e9t\u00e9 une exp\u00e9rience merveilleuse. En Angleterre, les anciennes traditions se sont perdues et la plupart des personnes veulent que la mort quitte la maison imm\u00e9diatement. La famille proche nous a rendu visite et nous avons pu nous asseoir autour de papa et \u00e9voquer nos souvenirs heureux pour honorer sa vie. Maman a \u00e9galement eu le temps de faire ses adieux, ce qui \u00e9tait essentiel car ils ont \u00e9t\u00e9 mari\u00e9s pendant presque soixante-dix ans. Lorsqu&rsquo;elle a finalement d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;assister aux fun\u00e9railles, en quittant la maison en fauteuil roulant, elle a \u00e9t\u00e9 \u00e9mue de voir toute la rue rassembl\u00e9e pour la saluer et l&rsquo;applaudir.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image alignwide size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"670\" src=\"https:\/\/dev.plumvillage.org\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/XNMEcsL6U2-1500-1024x670.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-285488\" srcset=\"https:\/\/dev.plumvillage.org\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/XNMEcsL6U2-1500-1024x670.jpeg 1024w, https:\/\/dev.plumvillage.org\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/XNMEcsL6U2-1500-499x327.jpeg 499w, https:\/\/dev.plumvillage.org\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/XNMEcsL6U2-1500-768x503.jpeg 768w, https:\/\/dev.plumvillage.org\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/XNMEcsL6U2-1500.jpeg 1500w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption>S\u0153ur Tam Muoi avec sa maman, Peggy, \u00e2g\u00e9e de 95 ans<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Plus tard, une fois les c\u00e9r\u00e9monies termin\u00e9es, j&rsquo;ai d\u00fb d\u00e9cider du moment de mon retour au Village des Pruniers. J&rsquo;ai ressenti un profond conflit entre deux sentiments car, d&rsquo;une part, comment pouvais-je laisser ma m\u00e8re faire son deuil seule, m\u00eame si elle avait une merveilleuse aide \u00e0 domicile pour prendre soin de ses besoins personnels ? D&rsquo;autre part, comme n&rsquo;importe lequel de ses soignants vous le dirait, maman n&rsquo;est pas une femme facile et l&rsquo;id\u00e9e de rester avec elle pendant une p\u00e9riode prolong\u00e9e \u00e9tait, franchement, effrayante.<\/p>\n\n\n\n<p>Rembobinez de nombreuses ann\u00e9es ! \u00c0 seize ans, j&rsquo;ai volontiers quitt\u00e9 la maison pour le Londres \u201cswinguant\u201d, d&rsquo;abord pour suivre une \u00e9cole de ballet, puis une \u00e9cole d&rsquo;art. J&rsquo;\u00e9tais une adolescente rebelle ; nous \u00e9tions en 1972 et j&rsquo;avais besoin d&rsquo;ESPACE ! Plus tard, apr\u00e8s mes \u00e9tudes de stylisme, j&rsquo;ai augment\u00e9 la distance, en d\u00e9m\u00e9nageant \u00e0 Paris pour travailler comme styliste. Mais la distance g\u00e9ographique n&rsquo;a jamais suffi \u00e0 gu\u00e9rir le malaise. Je ne pouvais pas supporter d&rsquo;\u00eatre dans la m\u00eame pi\u00e8ce que ma m\u00e8re. Pourtant, une voix int\u00e9rieure saine me conseillait \u201cce n&rsquo;est pas bien\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>Dix ans d&rsquo;analyse freudienne ont suivi, des ann\u00e9es riches d&rsquo;apprentissage et de compr\u00e9hension ; les voiles des perceptions erron\u00e9es ont commenc\u00e9 \u00e0 tomber. Mais c&rsquo;est lorsque je me suis engag\u00e9e dans la pratique du Village des Pruniers en 1998 qu&rsquo;une gu\u00e9rison plus profonde a commenc\u00e9, d&rsquo;abord en tant que pratiquante la\u00efque puis en tant que monastique.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Pratique:<\/em><\/strong> Concentrer l&rsquo;attention sur papa et maman, laisser tomber le besoin de l&rsquo;enfant pour l&rsquo;attention des parents et au contraire, d\u00e9velopper la curiosit\u00e9 sur leurs vies, encourager et \u00e9couter leurs histoires et ainsi valider leurs vies surtout quand ils grandissent. Ce changement de dynamique a compl\u00e8tement transform\u00e9 notre relation. J&rsquo;ai appris ce qui les avait conditionn\u00e9s (l&rsquo;\u00e9ducation, la famille, la situation \u00e9conomique, la conscience collective de leur \u00e9poque) et leurs circonstances de vie souvent difficiles, mais aussi leurs joies. J&rsquo;ai exp\u00e9riment\u00e9 ce que Thay nous a souvent enseign\u00e9, \u00e0 savoir que la gu\u00e9rison devient possible par la compr\u00e9hension, puis la compassion et le pardon \u00e9mergent naturellement, sans effort. J&rsquo;ai vu mes parents et moi-m\u00eame comme des \u00eatres vuln\u00e9rables, faisant tous de leur mieux, et une forte connexion d&rsquo;amour a grandi dans mon c\u0153ur.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;\u00eatre enferm\u00e9e ind\u00e9finiment avec ma m\u00e8re \u00e9tait bien au-del\u00e0 de ma zone de confort ! Mais en m\u00e9ditant, j&rsquo;ai donn\u00e9 de l&rsquo;espace \u00e0 une petite voix silencieuse qui voulait offrir de l&rsquo;amour et du soutien \u00e0 la seule m\u00e8re que j&rsquo;ai, qui s&rsquo;\u00e9tait occup\u00e9e de moi quand j&rsquo;\u00e9tais enfant, et aussi soulager ma s\u0153ur qui s&rsquo;occupait de mes parents depuis de nombreuses ann\u00e9es, bien qu&rsquo;\u00e0 distance. En faisant part de ces pens\u00e9es \u00e0 ma s\u0153ur, elle s&rsquo;est exclam\u00e9e : \u201cQuel sacrifice !\u201d. Mais le seul sacrifice \u00e9tait l&rsquo;intention de faire du soin de maman un acte sacr\u00e9, une partie de ma pratique. Facile \u00e0 dire, difficile \u00e0 faire ! La maison que j&rsquo;avais fuie, cinquante ans auparavant, envoyait maintenant des fant\u00f4mes et des fant\u00f4mes pour me hanter. Mon intention \u00e9tait de rester pr\u00e9sente et de ne pas bouger. Mais comment ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Pratique:<\/em><\/strong> <strong>Une liste de contr\u00f4le<\/strong> : Est-ce que je prends soin de ma fra\u00eecheur, de ma solidit\u00e9 et de ma joie ? \u00c0 ma grande surprise, je me suis gliss\u00e9e dans un programme quotidien r\u00e9gulier, commen\u00e7ant la journ\u00e9e par la m\u00e9ditation pour dig\u00e9rer et examiner la derni\u00e8re temp\u00eate \u00e9motionnelle qui venait de l&rsquo;ext\u00e9rieur et de l&rsquo;int\u00e9rieur de moi. Pour cultiver la joie, chaque jour, qu&rsquo;il pleuve ou qu&rsquo;il vente, je me suis promen\u00e9e dans la for\u00eat voisine o\u00f9 j&rsquo;avais jou\u00e9 quand j&rsquo;\u00e9tais enfant, me r\u00e9fugiant dans les vieux ch\u00eanes &#8211; nos anc\u00eatres &#8211; et leur donnant une longue accolade. Chaque matin, je travaillais dans le jardin, accompagn\u00e9 par les merles qui avaient aussi accompagn\u00e9 papa. Avant la tomb\u00e9e de la nuit, je faisais du v\u00e9lo le long des magnifiques chemins de campagne du Hampshire, vides d\u00e9sormais pendant le confinement. Par Zoom, je facilitais les familles de partage du Dharma pour toutes les retraites en ligne du Village des Pruniers et je soutenais la Sangha britannique. Avec toute cette joie, j&rsquo;avais assez de solidit\u00e9 pour offrir ma pr\u00e9sence \u00e0 maman.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai \u00e9galement \u00e9t\u00e9 inspir\u00e9 par les cinq invitations de Frank Ostaseski, fondateur de l&rsquo;hospice zen pour les mourants de San Francisco, un pratiquant qui a pass\u00e9 toute sa carri\u00e8re \u00e0 accompagner les mourants :<\/p>\n\n\n\n<p>N&rsquo;attendez pas (\u00e0 quatre-vingt-dix-huit ans, maman ne sera plus l\u00e0 longtemps, alors c&rsquo;est maintenant ou jamais).<br>Accueillez tout, ne repoussez rien (cela m&rsquo;a donn\u00e9 du courage).<br>Apportez tout votre \u00eatre \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience (m\u00eame ma vuln\u00e9rabilit\u00e9, surtout ma vuln\u00e9rabilit\u00e9).<br>Trouver un lieu de repos au milieu des choses (s&rsquo;asseoir et respirer avec maman).<br>Cultiver l&rsquo;esprit d&rsquo;incertitude (il n&rsquo;y a rien de mal \u00e0 ne pas savoir combien de temps je serai ici).<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame si maman \u00e9tait fragile, fatigu\u00e9e, alit\u00e9e et tr\u00e8s \u00e2g\u00e9e, j&rsquo;avais parfois la sensation d&rsquo;\u00eatre pi\u00e9g\u00e9e avec un animal sauvage dangereux et impr\u00e9visible. J&rsquo;avais la sensation de ressembler \u00e0 l&rsquo;artiste Joseph Beuys qui, en 1974, dans le cadre d&rsquo;un \u201d \u00e9v\u00e9nement \u201d artistique, a v\u00e9cu dans son atelier avec un coyote sauvage. J&rsquo;ai laiss\u00e9 les vieilles peurs remonter progressivement et j&rsquo;ai vu qu&rsquo;elles provenaient de l&rsquo;enfance, ne sachant jamais comment maman r\u00e9agirait, ni quelle serait son humeur lorsque je rentrais de l&rsquo;\u00e9cole. Plus tard, nous avons d\u00e9couvert qu&rsquo;elle avait p\u00e9riodiquement souffert d&rsquo;\u00e9pisodes de d\u00e9pression. Cette situation, combin\u00e9e \u00e0 son incapacit\u00e9 \u00e0 reconna\u00eetre ou \u00e0 prendre en charge ses \u00e9motions, a fait que nous avons grandi dans un environnement \u00e9motionnel dangereux et mena\u00e7ant.<\/p>\n\n\n\n<p>Vers la fin de sa vie, maman disait souvent des choses dures et difficiles \u00e0 entendre, mais je pratiquais simplement la pr\u00e9sence, m\u00eame si mon c\u0153ur battait la chamade, que mon estomac \u00e9tait agit\u00e9 et que j&rsquo;avais envie de fuir, comme je l&rsquo;avais toujours fait dans le pass\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Pratique:<\/em><\/strong> Apr\u00e8s avoir repris ma respiration et senti la terre ferme sous mes pieds, j&rsquo;imaginais ce qu&rsquo;elle pouvait ressentir et lui r\u00e9pondais : \u201cEs-tu en col\u00e8re ? Ou fatigu\u00e9e ? \u00c0 mon grand \u00e9tonnement, elle marquait un temps d&rsquo;arr\u00eat avant de r\u00e9pondre : \u201cOui, je suis en col\u00e8re\u2026\u201d et nous pouvions en parler lentement, en mettant soigneusement des mots sur ses \u00e9motions fortes. En peu de temps, le calme revenait, des mains se tenaient, un c\u00e2lin. C&rsquo;est comme si je lui pr\u00eatais mon syst\u00e8me nerveux. J&rsquo;\u00e9tais stup\u00e9faite, nous avions travers\u00e9 une difficult\u00e9 qui, lorsque j&rsquo;\u00e9tais enfant, l&rsquo;aurait fait arr\u00eater de parler \u00e0 toute la famille pendant plusieurs jours. Pour un enfant, ces p\u00e9riodes de silence \u00e9taient violentes et effrayantes. Enfant, je me disais : \u201c\u00c7a doit \u00eatre de ma faute, je dois \u00eatre mauvaise\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>Pratiquant l&rsquo;auto-compassion pour avoir r\u00e9ussi \u00e0 surmonter le dernier d\u00e9fi \u00e9motionnel, j&rsquo;ai pris soin de mon enfant int\u00e9rieur, le sien et le mien, qui avaient certainement tous deux souffert de n\u00e9gligence \u00e9motionnelle, mais pas intentionnellement. J&rsquo;ai ressenti de la compassion pour la frustration de maman, combien elle a d\u00fb souffrir de son incapacit\u00e9 \u00e0 communiquer. J&rsquo;ai ressenti une profonde gratitude pour Thay, qui m&rsquo;a permis de devenir mon propre parent aimant. J&rsquo;inspirais : \u201cPuis-je permettre \u00e0 maman d&rsquo;\u00eatre exactement qui elle est ?\u201d et j&rsquo;expirais : \u201cPuisses-tu, maman, te sentir en s\u00e9curit\u00e9, puisses-tu vivre et mourir avec aisance.\u201d Et puis je n&rsquo;oubliais pas de me f\u00e9liciter, en me tapant sur l&rsquo;\u00e9paule, en disant \u201cBravo, Tam Muoi, tu as encore surv\u00e9cu !\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;un des moments forts de mon s\u00e9jour a \u00e9t\u00e9 la d\u00e9couverte d&rsquo;une vieille bo\u00eete contenant 200 lettres que papa avait \u00e9crites \u00e0 maman lorsqu&rsquo;il avait la tuberculose. Il a \u00e9t\u00e9 diagnostiqu\u00e9 cinq ans seulement apr\u00e8s leur mariage, et ma m\u00e8re s&rsquo;est retrouv\u00e9e seule \u00e0 prendre soin de ma s\u0153ur de trois ans, loin de tout membre de la famille. Il lui \u00e9crivait tous les jours, m\u00eame si ma m\u00e8re lui rendait visite deux fois par semaine ! J&rsquo;ai propos\u00e9 de lui lire les lettres, bien que je me sente nerveuse d&rsquo;entrer dans leur intimit\u00e9. Mais elle a r\u00e9pondu : \u201cOh oui, alors il sera ici avec nous.\u201d Ainsi, apr\u00e8s chaque repas, je lisais quelques lettres. C&rsquo;\u00e9tait un vrai cadeau, de d\u00e9couvrir l&rsquo;homme sensible, affectueux, qui pouvait \u00e9crire si tendrement. C&rsquo;\u00e9tait beau de lire son r\u00eave enthousiaste d&rsquo;un \u201cautre nourrisson\u201d (moi !) et son amour pour ma s\u0153ur, pour laquelle il faisait des jouets en bois et en vannerie pendant son s\u00e9jour au sanatorium.<br><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"645\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/dev.plumvillage.org\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/ZljOPbiU_V-1500-645x1024.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-285504\" srcset=\"https:\/\/dev.plumvillage.org\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/ZljOPbiU_V-1500-645x1024.jpeg 645w, https:\/\/dev.plumvillage.org\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/ZljOPbiU_V-1500-499x792.jpeg 499w, https:\/\/dev.plumvillage.org\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/ZljOPbiU_V-1500-768x1219.jpeg 768w, https:\/\/dev.plumvillage.org\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/ZljOPbiU_V-1500-968x1536.jpeg 968w, https:\/\/dev.plumvillage.org\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/ZljOPbiU_V-1500-1290x2048.jpeg 1290w, https:\/\/dev.plumvillage.org\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/ZljOPbiU_V-1500.jpeg 1500w\" sizes=\"auto, (max-width: 645px) 100vw, 645px\" \/><figcaption>Le portrait que s\u0153ur Tam Muoi a peint pour le 100\u00e8me anniversaire de sa maman <\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Ma retraite \u201cPas d&rsquo;\u00e9chappatoire\u201d n&rsquo;aurait pas \u00e9t\u00e9 possible sans le soutien de nombreuses soignantes et infirmi\u00e8res qui entraient et sortaient tout au long de la journ\u00e9e. Nous avions deux aides-soignantes principales qui alternaient, trois semaines de travail, trois semaines de repos, Charity de l&rsquo;Essex et du Zimbabwe, et Marian de Londres et de l&rsquo;Ouganda. C&rsquo;\u00e9tait un v\u00e9ritable privil\u00e8ge pour moi de partager ma vie avec ces femmes, de se soutenir mutuellement ou de danser dans la cuisine lorsque nous cuisinions ensemble. Non seulement elles sont d&rsquo;excellentes soignantes professionnelles, mais nous sommes devenues amies, nous soutenant mutuellement dans les hauts et surtout les bas de maman. Souvent, moi ou elles revenions \u00e0 la cuisine apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 s\u00e9v\u00e8rement r\u00e9primand\u00e9es par maman, et nous \u00e9tions l\u00e0 l&rsquo;une pour l&rsquo;autre avec un c\u00e2lin ou une r\u00e9flexion hilarante pour nous redonner le sourire. Au fur et \u00e0 mesure de leurs t\u00e9moignages, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 impressionn\u00e9e par leur capacit\u00e9 \u00e0 se r\u00e9jouir, \u00e0 faire des sacrifices et \u00e0 s&rsquo;adapter, en particulier quand elles doivent relever le d\u00e9fi d&rsquo;\u00eatre noires en Grande-Bretagne.<\/p>\n\n\n\n<p>Sept mois plus tard, il semblait que maman n&rsquo;allait pas mourir quelques mois apr\u00e8s papa (comme tout le monde le pensait), et qu&rsquo;elle avait vraiment l&rsquo;intention d&rsquo;atteindre la centaine (comme sa cousine Edith), ce qui \u00e9tait encore \u00e0 dix mois de distance. J&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 penser \u00e0 retourner au Village des Pruniers. J&rsquo;ai fait un r\u00eave o\u00f9 je faisais un d\u00e9licieux repas. J&rsquo;ouvrais le couvercle de la casserole pour v\u00e9rifier le plat et m&rsquo;exclamais joyeusement \u201cC&rsquo;est cuit !\u201d. En me r\u00e9veillant, j&rsquo;ai ressenti une profonde sensation de pl\u00e9nitude qui a dur\u00e9 plusieurs jours. J&rsquo;avais la sensation d&rsquo;\u00eatre cuite, il \u00e9tait temps de rentrer chez moi.<\/p>\n\n\n\n<p>Avance rapide jusqu&rsquo;\u00e0 deux semaines apr\u00e8s la tr\u00e8s joyeuse f\u00eate du centi\u00e8me anniversaire de maman. Ma s\u0153ur m&rsquo;a vivement conseill\u00e9 d&rsquo;appeler maman. Sur WhatsApp, j&rsquo;ai vu le beau visage de maman, fatigu\u00e9 maintenant, les yeux \u00e0 moiti\u00e9 ferm\u00e9s, n&rsquo;ayant plus besoin de parler, mais souriant tandis que je lui exprimais mon amour et l&rsquo;encourageais \u00e0 se laisser aller et \u00e0 prendre un repos profond, long et bien m\u00e9rit\u00e9. Elle ne s&rsquo;est jamais r\u00e9veill\u00e9e, elle est morte dans son sommeil cette nuit-l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>La veille de ses fun\u00e9railles, j&rsquo;ai pu m&rsquo;asseoir un long moment aupr\u00e8s de son corps et d\u00e9poser un bouquet de fleurs dans ses mains. Voici le po\u00e8me qui m&rsquo;est venu, et que j&rsquo;ai lu pendant son service.<\/p>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\"><strong>Contemplation sur le corps de maman<\/strong>\n\nTes deux mains\nMaintenant repli\u00e9es en paix sur ta poitrine\nTravaillaient autrefois sans rel\u00e2che.\nS'occupant de la famille, caressant le front fi\u00e9vreux d'un enfant,\nLaver, couper les l\u00e9gumes,\nFaire le th\u00e9.\nOu tapant furieusement \u00e0 la machine,\nou avec les mains plong\u00e9es dans la terre chaude\nS'occuper de ton jardin bien-aim\u00e9.\nMaintenant, les doigts et les articulations sont noueux comme les vieux ch\u00eanes de Sheet.\n\nLes pieds crochus, autrefois, marchaient hardiment \u00e0 travers les champs.\nEt effleuraient la piste de danse dans les bras de papa, au pas rapide.\n\nPieds nus, nous nous sommes promen\u00e9es ensemble dans les temples indiens.\nEt main dans la main, nous avons pagay\u00e9 le long de la c\u00f4te anglaise.\n\nLes seins, devenus plats et vides,\nont autrefois allait\u00e9 deux petits enfants.\nPendant que tu leur chantais\nde douces berceuses d'amour.\n\nTes yeux, clairs et scintillants\nd'un bleu de Wedgewood, riant.\nRegardant la carte de la Reine\nre\u00e7ue pour tes cent ans v\u00e9cus pleinement,\nTu as dit\n\"J'ai tellement de chance !\"\n\nMaintenant, ton corps est comme de vieilles feuilles de th\u00e9,\nus\u00e9 et jet\u00e9.\n\nMais nous, parmi tant d'autres,\navons bu ton th\u00e9, ton essence.\nTu es en chacune de nous.\nNous sommes ta continuation.<\/pre>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image alignwide size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"575\" src=\"https:\/\/dev.plumvillage.org\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/Xxtli3GeI1-1500-1024x575.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-285520\" srcset=\"https:\/\/dev.plumvillage.org\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/Xxtli3GeI1-1500-1024x575.jpeg 1024w, https:\/\/dev.plumvillage.org\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/Xxtli3GeI1-1500-499x280.jpeg 499w, https:\/\/dev.plumvillage.org\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/Xxtli3GeI1-1500-768x432.jpeg 768w, https:\/\/dev.plumvillage.org\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/Xxtli3GeI1-1500.jpeg 1500w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption>Carte de la reine d&rsquo;Angleterre pour son 100e anniversaire, orn\u00e9e d&rsquo;un ruban dor\u00e9.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><br><br>Epilogue<\/h4>\n\n\n\n<p>En vidant la maison, c&rsquo;est toute ma vie qui s&rsquo;est d\u00e9roul\u00e9e devant moi, contenue dans de vieilles photos et des objets us\u00e9s, aim\u00e9s et bien utilis\u00e9s. Chaque armoire, bo\u00eete ou coffret ouvert, d&rsquo;autres tr\u00e9sors ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9s, puis, \u00e0 leur tour, abandonn\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>En me r\u00e9veillant le matin de mon d\u00e9part pour le Village des Pruniers, j&rsquo;ai ressenti une profonde sensation de conclusion. Mes parents \u00e0 nouveau r\u00e9unis, leurs cendres enterr\u00e9es dans le cimeti\u00e8re du village de Sheet. Tout va bien.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>S\u0153ur Ch\u00e2n Tr\u0103ng Tam Mu\u1ed9i raconte les d\u00e9fis, les joies et les apprentissages d&rsquo;une ann\u00e9e de confinement avec des parents tr\u00e8s \u00e2g\u00e9s.<\/p>\n","protected":false},"author":1142,"featured_media":285494,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"sync_status":"","episode_type":"","audio_file":"","castos_file_data":"","podmotor_file_id":"","cover_image":"","cover_image_id":"","duration":"","filesize":"","filesize_raw":"","date_recorded":"","explicit":"","block":"","itunes_episode_number":"","itunes_title":"","itunes_season_number":"","itunes_episode_type":"","ep_exclude_from_search":false,"footnotes":""},"categories":[1588],"pv_series":[3878],"class_list":["post-285655","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-articles-fr","pv_series-temoignage"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/dev.plumvillage.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/285655","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/dev.plumvillage.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/dev.plumvillage.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dev.plumvillage.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1142"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dev.plumvillage.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=285655"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/dev.plumvillage.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/285655\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dev.plumvillage.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/285494"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/dev.plumvillage.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=285655"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/dev.plumvillage.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=285655"},{"taxonomy":"pv_series","embeddable":true,"href":"https:\/\/dev.plumvillage.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pv_series?post=285655"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}